Construire les églises et développer les relations du Royaume

Pour un retour au ministère sacré et à la démonstration de puissance

Il faut revenir à une prédication simple où l’Evangile est la « démonstration d’Esprit et de puissance » qu’il est censé être. Mais aussi une vie incarnée et vécue dans le quotidien par des témoins fidèles.

Je ne suis pas certain que la mode de l’évangile-spectacle soit un réel progrès. J’y vois plutôt un risque. Ces spectacles coûtant horriblement cher, ceux qui s’y aventurent sont comme la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf. Pour concurrencer le monde sur son propre terrain, avec ses propres armes et non celles de la confrontation de puissance dont nous parle la Bible, ils doivent pressurer, pressurer et encore pressurer les chrétiens pour parvenir à entrer, humainement, dans leurs frais.

Il risque au final se passer deux choses : les finances des chrétiens, pas extensibles à l’infini (au contraire des ressources divines) peuvent être captées induement et orientées vers des oeuvres pas forcément aussi fructueuses que l’on pourrait le croire de prime abord. Ensuite ces mêmes chrétiens, gens en général faciles à culpabiliser, pourraient penser que, ayant donné de l’argent à une oeuvre de mission ils ont donné pour LA MISSION au sens biblique du terme. Leur conscience pourrait même se retrouver endormie par le sentiment du devoir accompli.

La réalité, c’est que quantité d’œuvres authentiques et moins « tape-à-l’œil », dont les responsables n’auraient pas l’argent pour payer le ticket d’entrée ou louer les communiquant modernes, resteraient dans l’ombre et pourraient être privées de la manne que Dieu avait prévu pour eux.

Evidemment, le « Dieu de la dernière minute » éprouvant ainsi leur foi, les honorera. Mais je vais vous dire une chose de laquelle nous rendrons TOUS compte au Jugement dernier : les hommes et les femmes de foi qui fonctionnenent ainsi, sans tambours ni trompettes, ne demandent en général jamais rien pour eux-mêmes. Tout ce qu’ils récoltent va à leur oeuvre. Comme le réclamait la Didachè, premier écrit chrétien connu, ce sont les faux-prophètes qui demandant qu’on dresse une table pour les pauvres, y mangeaient eux-mêmes (chapitre 12). Depuis les temps immémoriaux, l’Esprit de Dieu a planté dans la conscience de l’homme la notion de l’éthique. Et cette conscience te rappelle que tout ceci est vrai : c’est la marque que l’Esprit veut faire porter là la prochaine réforme.

Ces serviteurs de Dieu endurent le manque en silence. S’ils acceptent le sacrifice avec joie, lorsque vous les sondez, vous sentez le poids du fardeau avec le temps. Ce choix, ils l’ont fait pour eux, certes. Mais jugez-en plutôt : est-il juste que, pendant que d’autres s’engraissent littéralement (je vous renvoie au truculent chapitre 34 d’Ézéchiel), eux et leurs familles surtout se contentent de restes ? Est-il juste qu’ils vivent de presque rien – comme une part grandissante de nos contemporains d’ailleurs, auxquels, et c’est aimable à vous de le préciser mais ça ne vous exonère pas pour autant, ils peuvent mieux s’identifier ?

Je le dis à notre honte : nous avons semé dans le champ de l’égoïsme, et nous avons nommé ce champ « communication moderne ». Nous l’avons laissé entrer dans l’Église, et nous l’avons laissé imposer ses techniques, ses méthodes. Nous l’avons laissé imposer SES signes et SES miracles de chair en lieu et place de la libéralité. Nous n’avons pas, en ramassant la manne, donné une juste mesure à ceux qui manquent, puisque nous n’avons même pas eu le soucis de faire un inventaire complet des besoins de notre camp, pour assurer une juste redistribution. Non. Ceux qui étaient arrivés les premiers ont fait main basse sur tout, et maintenant, comme ils tiennent les micros, ils parlent plus fort que les autres.

Les gémissements de ceux qui manquent sont couverts par le bruit de ceux qui ont. Et ceux qui n’ont pas sont priés d’aller ailleurs invoquer le dieu de la Réussite, avec un grand R. Si ce dieu les exauce, alors ce sera le signe qu’ils sont dignes d’avoir part au banquet des nantis. Et ce n’est pas pour rien que ce dieu-là gratifie en premier ceux qui, dans leur pays, ont tant manqué de tout. Pourtant, si ce dieu était le Dieu d’Élie, c’est en Afrique où le manque est cruel qu’ils iraient faire descendre le feu de leur dieu.

Mais lorsqu’ils y vont, ou plutôt qu’ils en reviennent, c’est souvent les poches pleines de ce qu’ils ont pris aux autres. Ils sont à ce point dans les ténèbres qu’on ne voit personne encourager un retour au pays, pour participer à la reconstruction nationale. L’esprit de sorcellerie, déguisé en chrétien du dimanche, a vaincu l’esprit d’organisation. Et l’esprit de corruption s’est placé à l’endroit où transitent les dons, en sorte que ces gens sont seulement étonnés qu’on touche à l’oint qui les maintient dans la facilité de ce nouvel esclavage. Comme s’ils ne voulaient pas offrir à Christ la passivité de leur culture, ils ressemblent à ces gens qui fuient individuellement leur pays en laissant derrière eux leur dette collective. L’Afrique me demeure un mystère car là où ils s’installent, ils persistent à revenir entre eux…

Le monde, entré dans l’Église a fait en sorte que, là aussi désormais, on ne prête qu’aux riches. Dans une reconfiguration des cartes étonnante, les missions du passé n’ont pas su prendre le virage de la communication moderne. Et les plus jeunes, les plus hardis, ont joué des coudes pour s’emparer, comme s’il s’était agi d’un marché, de l’argent des chrétiens. Au contraire de leurs aînés, ils n’ont pas reçu l’héritage d’un flambeau porté par des générations de devanciers. Sans les garde-fous des missions d’antan, ils sont livrés à eux-mêmes, dans la profusion d’outils modernes, qui évoluent trop vite, et dont les aboutissants les dépassent. Ils s’invitent entre eux, se cooptent, raflent l’argent d’une foule qu’ils infantilisent et repartent ailleurs semer ce qu’ils appellent « la puissance qui transforme ».

Au final, on ne sait pas si la semence lève dans les vies. Si la greffe tient dans les coeurs. Si la guérison persiste dans les corps. Bien malvenu quiconque oserait proposer un audit sur la question, comme ont pourtant toujours fait les missions dignes de ce noms. Les ministères qui ne prennent plus vraiment le temps de monter à la montagne se font et se défont, dans l’indifférence de leurs pairs : il se trouvera toujours un plus avide de reprendre le micro, trop rapidement formé, pas assez sanctifié, trop mal encadré. Tout ce à quoi aspirent nos jeunes, pour l’instant, c’est à briller sous des spotlights. Ils vous diront le contraire, mais c’est un vers qui est là, au fond du coeur et qui ronge. Nous sommes fautifs, mais nous allons leur montrer autre chose.

Celui qui ne monte pas à la montagne (et je parle aussi pour moi) chercher les stratégies d’en-haut, pour frayer de nouveaux chemins, inventer de nouvelles routes, court le risque d’accaparer pour lui quelque chose qui ne lui appartient pas. Il risque de RÉDUIRE l’Évangile à ce qu’il en comprend. Il court le risque de rattraper une arche qui s’apprêtait à tomber et qu’il a, pense-t-il, sauvée du naufrage.

Il court le risque, comme les fils d’Eli – Ophnie et Phinées – d’être installé là par un nouveau népotisme. Mis en place par des responsables soucieux de maintenir un système avant qu’il leur échappe, il pourrait n’avoir en réalité aucun mandat divin. Puisque personne, pour l’instant, n’est en capacité de lui demander des comptes, il pourrait impunément planter dans le plat la fourchette et ramener « la viande » pour lui, sans même avoir conscience que d’autres meurent de faim – et sans avoir évidemment conscience du côté sacrilège de son acte.

Nous vivons en réalité une époque bien étrange ou chacun tire à soi une couverture devenue trop étroite dans un lit devenu trop court (Esaïe 28:20). Seigneur envoie-nous des prophètes, envoie-nous des apôtres avant que nous perdions la notion du Corps. Quant à moi, je retourne au désert, j’y ai une cabane qui n’est faite ni d’envie, ni d’ambition. Il m’arrive d’avoir froid car, à travers les planches mal ajustées, on entend le vent souffler. Mais parfois aussi, je vois la lumière, et c’est ma consolation.

Message de Nicolas Ciarapica

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